
Le marché de l’informatique assiste actuellement à une manœuvre de verrouillage technologique sans précédent. Sous couvert de modernisation, Citrix orchestre la fin du licensing traditionnel pour imposer un modèle de souscription récurrent. Pour les entreprises propriétaires de licences « PERMANENT », l’enjeu est critique : comment maintenir une infrastructure fonctionnelle sans céder à une double facturation injustifiée?
1. Analyse Technique : L’avantage des versions antérieures au Build 51000
La rupture technologique s’est opérée en décembre 2024 avec la sortie du Build 51000, qui a introduit le License Activation Service (LAS). Pour les administrateurs, la clé de la souveraineté réside dans le maintien des versions de serveurs de licences publiées avant ce build.
- Absence de mécanisme de contrôle cloud : Les versions antérieures au Build 51000 fonctionnent exclusivement sur un modèle de validation locale par fichier.
- Indépendance vis-à-vis d’Internet : Ces versions ne possèdent aucun mécanisme de vérification forcée via Citrix Cloud.
- Pérennité du fichier de licence : Puisque ces versions ne disposent pas de la télémétrie introduite par LAS, elles ne peuvent pas recevoir de « Kill Pill » (commande de suppression à distance) pour invalider vos fichiers de licences perpétuelles.
- Stabilité opérationnelle : Un serveur de licence pré-51000 peut techniquement continuer à servir des jetons pour les versions LTSR compatibles pendant de nombreuses années sans aucune interruption technique.
2. Impacts sur l’Infrastructure : Le paradoxe du support et de la mise à jour
Citrix utilise la fin du support au 15 avril 2026 comme un épouvantail pour forcer la migration. Cependant, une analyse froide de la situation révèle une réalité différente pour les détenteurs de licences perpétuelles.
Le mythe du support indispensable
La majorité des clients possédant des licences permanentes n’utilisent plus le support avancé de Citrix, soit par choix, soit parce que leurs contrats de maintenance ne sont plus actifs. Citrix tente pourtant de valoriser une fin de support que ces clients ne paient déjà plus, afin de les basculer vers des abonnements annuels extrêmement coûteux, estimés entre 250€ et 500€ par utilisateur.

La compatibilité de l’infrastructure
Il est tout à fait envisageable de maintenir un serveur de licence en version pré-51000 tout en faisant évoluer le reste de la pile technologique :
- Delivery Controllers (DC) : Ce sont les composants les plus sensibles, car ils interrogent directement le serveur de licence. Si Citrix décide de bloquer l’usage des anciennes licences dans le futur, le verrou sera placé ici.
- StoreFront et VDA : Ces éléments sont techniquement décorrélés de la gestion directe des licences. Il serait donc extrêmement complexe pour l’éditeur de bloquer une mise à jour de VDA au motif que le serveur de licence est « trop ancien », car cela briserait la compatibilité ascendante fondamentale du produit.
3. Recommandations : Protéger votre investissement
Pour éviter de payer une seconde fois pour des droits d’usage que vous avez déjà acquis contractuellement, une stratégie de gel ou de segmentation est recommandée.
- Audit des versions : Identifiez tous vos serveurs de licences et assurez-vous qu’aucun n’a été mis à jour vers le Build 51000 ou supérieur.
- Gel du serveur de licence : Conservez votre serveur de licence dans une version pré-51000. Cela garantit que vos fichiers de licences perpétuelles resteront actifs et reconnus localement.
- Vigilance sur les versions CVAD : Lors de vos prochaines mises à jour de Delivery Controllers, vérifiez scrupuleusement si la version cible n’impose pas techniquement la présence d’un serveur de licence LAS.
- Isolation réseau : Pour une sécurité maximale, isolez votre serveur de licence pré-51000 de tout accès internet afin d’empêcher toute télémétrie non désirée.
Conclusion
La stratégie de Citrix est claire : rendre l’ancien modèle invivable pour forcer l’adoption du nouveau. Cependant, techniquement, rien n’empêche un client de rester sur une version de serveur de licence antérieure au Build 51000 pour continuer à exploiter ses actifs perpétuels. C’est une question de choix entre le confort du support officiel et la protection financière d’un investissement déjà amorti.